08.03.2013

Cameroun: Les chiffres du chmage inquietent - Grosse peur sur lavenir


De plus en plus de jeunes diplôms piaffent dans l’anti chambre de l’emploi. Une vraie bombe sociale en puissance, que les autorits pourraient dsamorcer en donnant la priorit à la formation technique dans les mtiers innovants.


Mi fvrier, devant la prfecture de Yaound. Dans la longue file compose d’une centaine de jeunes en sueur sous la canicule, Andr trpigne. Il doit faire signer et tamponner ses papiers d’Etat civil et ses copies de diplômes avant 15 h 30, heure de clôture de la rception des dossiers pour un concours d’entre dans l’administration. A 32 ans, et avec sa maîtrise en droit des affaires, cela fait sept ans qu’il essaie en vain de forcer la porte de la fonction publique, ou de dcrocher un travail dans le secteur priv. Un profil semblable à celui de chacun des quatre millions de jeunes qui font la queue devant diverse administration et entreprises à travers le pays tous les jours, à la recherche d’un moyen d’insertion professionnelle. Ils sont pour la plupart des diplôms, y compris dans des filières professionnelles. Pour tromper son ennui entre deux demandes d’emploi, Andr fait le rptiteur au profit d’lèves qui se prparent au Bacc. «Quelques parents de mon quartier me sollicitent pour encadrer leurs enfant en mathmatiques et physiques, le soir. Ils me versent un perdiem pour supporter mes dplacements. Je suis bien content d’être utile, mais je prends de l’âge et j’angoisse pour l’avenir. Je dois faire recours aux oncles, aux parents et à certains amis pour rgler mes petits problèmes, constituer les dossiers des concours administratifs. Ce n’est pas une posture très confortable pour quelqu’un de mon âge». Il y a deux ans, il est pass près d’une dpression.

Admissible après les preuves crites et sportives de l’institut national de la jeunes et des sport qui forme les fonctionnaire-professeurs de sport, il a t recal aux preuves orales. « J’ai vraiment frôl le dpression. Mais quand je regarde autour de moi, je lis la même dtresse. Nous sommes très nombreux à ne pas pouvoir faire de projets, faute d’emplois ».

Cette situation, analyse une tude de la coopration française, traduit deux faiblesses du march du travail au Cameroun : l’inadquation entre l’offre de formation et la demande d’emploi et l’absence d’un tissu industriel dvelopp, à même de pourvoir d’emplois qualifis. De plus, souligne ce rapport, la plupart des demandeurs d’emploi (près de 58%) sont en situation de chômage de longue dure (plus d’un an). «Ceci pourrait s’expliquer par le fait qu’ils sont majoritairement des «primo- demandeurs» c’est-à-dire à la recherche de leur premier emploi (56,2%). Dans le contexte camerounais marqu par une exiguït du march du travail, ces derniers sont moins avantags dans la recherche, les employeurs demandant le plus souvent une ou plusieurs annes d’exprience professionnelle antrieure. La dure moyenne du chômage est de 38,5 mois soit un peu plus de 3 ans.»

Jean Luc, lui, s’est rsign. Titulaire d’une licence d’conomie depuis 15 ans, il a djà renonc à chercher un emploi. Ag de 42 ans, il ne peut plus postuler aux concours d’entre dans l’administration, rserv aux camerounais de 35 ans au maximum. Djà père de famille, il ne peut se contenter de la prcarit des emplois dans les micro entreprises locales. Il s’est reconverti dans la vente de brocante et de friperie, sans grand bonheur, mais avec philosophie. C’est certainement ce profil que Paul Biya dessinait dans son rcent discours à la nation, en s’adressant aux jeunes qui ne vont pas à l’cole, à ceux qui sont sortis prmaturment du système scolaire et aux diplôms qui n’ont pas encore trouv d’emplois et qui dsespèrent d’en trouver. Dans le meilleur des cas, constatait Paul Biya ils exercent une certaine activit dans l’informel, souvent en deçà de leurs capacits. D’autres n’ont pas cette chance et croupissent dans l’oisivet ou le vagabondage, avant de verser parfois dans la dlinquance. Ceux qui ont un emploi, qu’ils soient pousseurs, chargeurs, tâcherons dans les chantiers, conducteurs de moto-taxis, etc., peuvent en vouloir à la socit ». Une ralit bien dcrite, et que confirment les chiffres : le secteur informel a djà fait l’objet de deux enquêtes de l’institut national de la statistique. Selon le rapport de la 1ère phase, l’informel emploie 90,5% des actifs occups au Cameroun, proportion reste stable par rapport à 2005. On Remarque aussi que 53% exercent dans l’informel non agricole tandis que les 37,5% restants volue dans l’informel agricole. La tranche 15-34 ans tant la plus touche.

Pour les services conomiques français qui analysent la situation du chômage au Cameroun, l’volution de la dynamique des emplois indique une baisse de l’emploi informel agricole au profit de l’informel non agricole. En effet, soulignent-ils, la part de l’informel agricole est passe de 76,4% avant 1999 à 22,9% en 2010, tandis que celle de l’informel non agricole a gagn plus de 40 points à 67% en 2010. Selon l’INS, ceci s’expliquerait par la substitution des emplois du secteur primaire informel (agriculture, levage, etc.) par ceux du tertiaire informel (petit commerce notamment).

Ministre de l’emploi et de la formation professionnelle, Zacharie Perevet est assurment le membre du gouvernement le plus scrut par la jeunesse camerounaise dans ce contexte de faiblesse de l’offre d’emploi. Et pour cause, avec un chômage qui affecte presque quatre millions d’actif (un million de chômeurs et 3 millions de sous emplois), les actions menes jusqu’ici en faveur de la promotion de (emploi des jeunes reste insuffisants. Pourtant, selon lui, il y a lieu des rester optimiste quant à une baisse considrable du chômage au cours des prochaines annes, pour plusieurs raison. D`abord parce que l’Etat qui lui lui-même vient d’achever un recrutement spcial de 25000 jeunes diplôms dans l’administration, lance annuellement des nombreux concours pour recruter de nouveaux agents à son services, mais surtout parce que le contexte actuel de redcollage conomique, a assurment crer des nombreuses opportunits d’emploi pour les jeunes. Lors de la fête de la jeunesse qui se clèbre annuellement le 11 fvrier Paul Biya a annonc la cration de 200 000 emplois à la faveur du lancement de grands chantiers structurants.

Problème, la plupart de ces grands projets concernent des secteurs innovants tels que la construction des barrages et d’autoroute, l’extraction minière, l’agro-industrie, ou encore des installations nergtiques. Tous des domaines dans lesquels la ressource humaine n’est pas toujours forme à tous les chelons. Ce qui conduit M. Prerevet à privilgier, pour le moment, l’intensification de la formation professionnelle : «j’ai encore en mmoire le fait que le Cameroun a dû importer de la main d’œuvre pendant la construction du pipeline Tchad Cameroun il y a dix ans. Pourquoi pareil scnario ne se droule plus, nous mettons tout en œuvre pour que les Cameroun acquièrent des formations appropries dans tous les nouveaux mtiers qui vont naitre du lancement des grands chantiers. Pour le moment, le Cameroun dispose de nombreux cadre e ingnieur bien forms, tout comme d’un volume important de manœuvre. Il nous manque la catgorie intermdiaire de techniciens spcialiss, et dans les deux ans qui viennent il y en aura suffisamment pour satisfaire les besoins des multinationales qui arrivent».

Pour stimuler cette formation, l’Etat ne lsine pas sur les moyens. Des centres de formation privs, environ 300 au total, reçoivent annuellement des subventions de l’Etat, au prorata du nombre d’apprenants à former. Une sorte de bourse indirecte octroye aux jeunes qui veulent apprendre un mtier. Mais le plus grand projet, souligne M. Perevet, est celui du maillage du territoire, en centre de formation ultra moderne. Djà, un financement de 10 milliards a t mobilis auprès de coopration corenne, pour la construction de trois centres de formation d’excellence à Douala, Sangmlima et Limb et qui devraient livrer dès cette première anne, un cuves de 300 techniciens qualifis dans les diverses professions innovantes. Dans la même dmarche, des conventions ont djà t signes avec la France pour la formation au mtier, avec un financement initial de 10 millions d’euro, une somme qui devrait doubler avec la monte en puissance du projet. Localement, le gouvernement a pris l’option de transformer les 180 sections artisanales rurales et section mnagère (Sar-sm) en centres publics de formation aux mtiers.

Djà, se rjouit le ministre Perevet, sur un objectif de 60 000 jeunes à insrer dans le monde l’emploi, une valuation à mi-parcours montre qu’au mois de juin dernier, quelques 50 000 chômeurs avant djà pu être insrs, au moins de divers instruments mis en place par l’Etat, tels que le fonds national de l’emploi, le Programme d’Appui à la Jeunesse Rurale et Urbaine (PAJER-U) ou encore le programme intgr d`appui aux acteurs du secteur informel (Piassi). Ce programme dot d’un financement public d’environ 10 milliards de francs Cfa octroie des crdits à des conditions assouplies : onze mois de priode de grâce avant un remboursement tal sur 15 mois, avec un taux d’intrêt annuel de 6%. A l’actif du Piaasi, on peut inscrire la sensibilisation d’environ de quelque 5000 jeunes dans le cadre d’une vingtaine sminaires visant l’organisation des activits gnratrice de revenus, la formation de quelque 500 maîtres artisans dans divers mtiers à travers les dix rgions du pays. Environ 10 000 autres ont t imprgns de techniques managriales pour la russite de leurs projets tandis que l’organisme rhabilitait des Centres de Formation Professionnelles Rapides.

Tous ces programmes, assure le ministre de l’Emploi et de la formation professionnelle, sont appels à se densifier car il ne s’agit encore que de programmes pilotes. De plus, l’ide d’un guichet unique de l’insertion professionnelle est en maturation de sorte qu’en un seul lieu, le chercheur d’emploi puisse choisir le programme qui correspond le mieux à ses aspirations.


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